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RGAA

RGAA vs WCAG : différences et complémentarités

RGAA ou WCAG, lequel suivre ? Découvrez les différences, la complémentarité et le mapping entre ces deux référentiels. Testez votre conformité gratuitement.

11 min de lecture

Quand on s'intéresse à l'accessibilité numérique, deux acronymes reviennent systématiquement : WCAG et RGAA. Ces deux référentiels poursuivent le même objectif — rendre le web accessible à tous — mais ils diffèrent par leur origine, leur portée et leur niveau de détail. Comprendre leur articulation est essentiel pour tout professionnel du web qui souhaite construire des sites conformes à la réglementation française tout en s'inscrivant dans les standards internationaux.

WCAG : le standard international du W3C

Origine et gouvernance

Les WCAG (Web Content Accessibility Guidelines) sont publiées par le W3C (World Wide Web Consortium) via son groupe de travail WAI (Web Accessibility Initiative). Le W3C est l'organisme international qui définit les standards du web (HTML, CSS, SVG, etc.). Les WCAG bénéficient donc d'un processus de normalisation international, ouvert et collaboratif.

La première version des WCAG date de 1999. Depuis, le standard a considérablement évolué :

  • WCAG 1.0 (1999) — Première version, organisée autour de 14 directives. Centrée sur HTML et les technologies de l'époque.
  • WCAG 2.0 (2008) — Refonte complète, indépendante des technologies. Introduction des 4 principes fondamentaux (POUR : Perceivable, Operable, Understandable, Robust).
  • WCAG 2.1 (2018) — Extension de la version 2.0 avec 17 nouveaux critères couvrant le mobile, les handicaps cognitifs et la basse vision.
  • WCAG 2.2 (2023) — 9 nouveaux critères supplémentaires, renforçant l'accessibilité mobile, cognitive et la gestion de l'authentification.
  • WCAG 3.0 (en développement) — Refonte structurelle profonde, avec un nouveau modèle d'évaluation. Encore au stade de brouillon.

Structure des WCAG

Les WCAG s'organisent en trois niveaux :

4 principes :

  1. Perceptible — L'information et les composants d'interface doivent être présentables de manière perceptible
  2. Utilisable — Les composants d'interface et la navigation doivent être utilisables
  3. Compréhensible — L'information et le fonctionnement de l'interface doivent être compréhensibles
  4. Robuste — Le contenu doit être suffisamment robuste pour être interprété par une large variété d'agents utilisateurs, y compris les technologies d'assistance

13 directives réparties sous ces 4 principes, détaillant les objectifs à atteindre.

78 critères de succès (dans la version 2.1) classés en trois niveaux de conformité : A (minimum), AA (recommandé) et AAA (optimal).

Forces des WCAG

  • Universalité — Standard reconnu mondialement, traduit dans des dizaines de langues
  • Neutralité technologique — Les critères ne sont pas liés à une technologie spécifique
  • Pérennité — Les versions sont rétrocompatibles (un site conforme 2.0 est une base solide pour 2.1)
  • Écosystème riche — Techniques suffisantes, techniques conseillées, exemples de code, documentation abondante

Limites des WCAG

  • Abstraction — Les critères sont parfois formulés de manière très générale, ce qui peut rendre leur évaluation subjective
  • Pas de méthode de test imposée — Chaque auditeur peut interpréter différemment les critères
  • Pas de valeur juridique directe — Les WCAG sont un standard technique, pas une loi. Elles n'ont de portée juridique que lorsqu'elles sont référencées par une législation nationale

RGAA : le référentiel opérationnel français

Origine et gouvernance

Le RGAA (Référentiel Général d'Amélioration de l'Accessibilité) est publié par la DINUM (Direction Interministérielle du Numérique), sous l'autorité du gouvernement français. Il a été créé pour répondre aux obligations de la loi n° 2005-102 et fournir une méthode d'évaluation concrète de l'accessibilité des sites web.

L'historique des versions :

  • RGAA 1.0 (2009) — Première version, méthodologie initiale
  • RGAA 3.0 (2015) — Alignement sur les WCAG 2.0 niveau AA
  • RGAA 4.0 (2019) — Alignement sur les WCAG 2.1 et la norme EN 301 549
  • RGAA 4.1.2 (2023) — Version en vigueur, corrections, précisions et affinements de l'alignement WCAG 2.1 AA

Pour une présentation détaillée du RGAA, consultez notre guide complet.

Structure du RGAA

Le RGAA s'organise différemment des WCAG :

13 thématiques (Images, Cadres, Couleurs, Multimédia, Tableaux, Liens, Scripts, Éléments obligatoires, Structuration, Présentation, Formulaires, Navigation, Consultation) — là où les WCAG utilisent 4 principes et 13 directives.

106 critères accompagnés de tests unitaires précis et d'une méthodologie de test détaillée. Chaque critère est associé à une liste de tests concrets qui décrivent exactement ce qu'il faut vérifier.

Un glossaire définissant les termes techniques utilisés dans les critères, réduisant les ambiguïtés d'interprétation.

Forces du RGAA

  • Opérationnalité — Les tests unitaires fournissent une procédure de vérification pas à pas
  • Reproductibilité — Deux auditeurs appliquant la même méthodologie doivent arriver aux mêmes conclusions
  • Portée juridique — Référentiel officiel mentionné par le décret, directement applicable
  • Adaptation au contexte français — Glossaire, méthodologie et tests adaptés au cadre réglementaire national

Limites du RGAA

  • Portée géographique — Applicable uniquement en France (et dans les territoires français)
  • Mises à jour — Moins fréquentes que les WCAG, avec parfois un décalage temporel
  • Pas encore aligné sur WCAG 2.2 — Le RGAA 4.1.2 couvre les WCAG 2.1, les critères spécifiques à la version 2.2 ne sont pas encore intégrés

Le mapping RGAA / WCAG : correspondances et écarts

Principe de correspondance

Le RGAA 4.1.2 est conçu comme une transposition opérationnelle des WCAG 2.1 niveau AA. Chaque critère RGAA correspond à un ou plusieurs critères de succès WCAG. La documentation officielle du RGAA fournit une table de correspondance complète.

Quelques exemples de mapping :

RGAAWCAGObjet
Critère 1.11.1.1 (A)Images : alternative textuelle
Critère 3.21.4.3 (AA)Contraste minimum du texte
Critère 7.14.1.2 (A)Composants interactifs : nom, rôle, valeur
Critère 8.14.1.1 (A)Validité du code HTML
Critère 11.11.3.1 (A), 4.1.2 (A)Formulaires : étiquetage des champs
Critère 12.72.4.1 (A)Navigation : lien d'évitement

Différences concrètes

Malgré cet alignement, des différences existent dans la pratique :

Granularité des tests — Là où le WCAG 2.1 critère 1.1.1 formule une exigence générale ("tout contenu non textuel doit avoir une alternative textuelle"), le RGAA décompose cette exigence en plusieurs critères (1.1 à 1.9) avec des tests spécifiques pour les images informatives, décoratives, complexes, les images textes, les images captcha, etc.

Méthodologie de test — Les WCAG fournissent des "techniques suffisantes" qui sont des recommandations d'implémentation. Le RGAA fournit des tests unitaires qui sont des procédures de vérification précises. Par exemple, pour vérifier le contraste, le RGAA spécifie exactement les outils et méthodes de mesure à utiliser.

Traitement des cas limites — Le RGAA tranche explicitement sur des cas que les WCAG laissent ouverts à l'interprétation. Par exemple, le traitement des SVG, le cas des images de fond porteuses d'information ou le comportement attendu des composants JavaScript complexes.

Périmètre d'audit — Le RGAA définit un échantillon de pages à auditer et une méthode de calcul du taux de conformité. Les WCAG n'imposent pas de méthode d'échantillonnage spécifique.

La norme EN 301 549 : le pont européen

Pour comprendre pleinement la relation entre WCAG et RGAA, il faut mentionner la norme européenne EN 301 549 (Exigences d'accessibilité pour les produits et services TIC). Cette norme :

  • Intègre les WCAG 2.1 niveau AA comme base technique pour le contenu web
  • Ajoute des exigences spécifiques aux logiciels, documents et matériels
  • Sert de référence pour la directive européenne sur l'accessibilité du web (2016/2102) et l'European Accessibility Act (2019/882)

Le RGAA 4.1.2 s'aligne sur l'EN 301 549 pour la partie web, ce qui crée une chaîne de cohérence :

WCAG 2.1 AA (standard W3C international) → EN 301 549 (norme européenne) → RGAA 4.1.2 (référentiel français opérationnel)

Cette chaîne signifie qu'en respectant le RGAA, vous respectez de facto les WCAG 2.1 AA et la norme européenne pour la partie web de vos services.

Quel référentiel suivre ?

Si vous êtes en France

La réponse est claire : suivez le RGAA. C'est le référentiel juridiquement opposable en France, celui sur lequel les audits de conformité légaux se basent et celui que l'ARCOM utilise pour ses contrôles. Consultez notre article sur les sanctions en cas de non-conformité pour comprendre les enjeux juridiques.

En suivant le RGAA, vous couvrez automatiquement les WCAG 2.1 AA, ce qui assure une conformité internationale de fait.

Si vous opérez à l'international

Si votre service est utilisé dans plusieurs pays européens, la norme EN 301 549 est le dénominateur commun. Chaque pays a son propre référentiel opérationnel :

  • France : RGAA
  • Allemagne : BITV (Barrierefreie-Informationstechnik-Verordnung)
  • Italie : Legge Stanca et guidelines AGID
  • Pays-Bas : Digitoegankelijk

Tous ces référentiels transposent les WCAG 2.1 AA via l'EN 301 549, ce qui garantit une cohérence de fond malgré des différences de forme.

Si vous êtes hors Union européenne

Référez-vous aux WCAG directement (version 2.1 ou 2.2 selon votre contexte réglementaire) et à la législation locale :

  • États-Unis : ADA + Section 508 (référence WCAG 2.0 AA, migration vers 2.1 en cours)
  • Canada : Accessibility for Ontarians with Disabilities Act (WCAG 2.0 AA)
  • Royaume-Uni : Equality Act 2010 + Web Content Accessibility Regulations (WCAG 2.1 AA)

Préparer l'avenir : WCAG 2.2 et WCAG 3.0

WCAG 2.2 (2023)

Les WCAG 2.2 ont ajouté 9 nouveaux critères de succès, dont :

  • 2.4.11 Focus Not Obscured (Minimum) (AA) — Le focus clavier ne doit pas être totalement masqué par d'autres contenus
  • 2.4.13 Focus Appearance (AAA) — Exigences renforcées sur la visibilité du focus
  • 2.5.7 Dragging Movements (AA) — Les fonctionnalités par glisser-déposer doivent avoir une alternative
  • 2.5.8 Target Size (Minimum) (AA) — Taille minimale de 24x24 pixels pour les cibles interactives
  • 3.3.7 Redundant Entry (A) — Éviter de demander deux fois la même information
  • 3.3.8 Accessible Authentication (Minimum) (AA) — Pas de test cognitif comme seule méthode d'authentification

Le RGAA n'intègre pas encore ces critères (il s'arrête aux WCAG 2.1), mais une future version 4.3 ou 5.0 devrait les incorporer. En attendant, il est recommandé de les prendre en compte proactivement.

WCAG 3.0 (en développement)

Les WCAG 3.0 (provisoirement nommées "W3C Accessibility Guidelines") représentent une refonte structurelle majeure :

  • Remplacement des niveaux A/AA/AAA par un système de scoring progressif (bronze, silver, gold)
  • Nouveau modèle d'évaluation basé sur les outcomes (résultats) plutôt que les techniques
  • Prise en compte élargie des handicaps cognitifs et neurologiques
  • Couverture étendue au-delà du web (applications natives, XR, IoT)

La version 3.0 est encore à un stade précoce et ne devrait pas être finalisée avant plusieurs années. Son impact sur le RGAA reste à définir, mais il est probable qu'une refonte du référentiel français accompagnera cette évolution.

Utiliser WCAG et RGAA ensemble : approche recommandée

En pratique, voici l'approche que nous recommandons :

  1. Base de travail : le RGAA — Utilisez les 106 critères et les tests unitaires du RGAA comme checklist de conformité. C'est le référentiel juridiquement applicable en France et le plus opérationnel pour les auditeurs.

  2. Complément : les techniques WCAG — Quand un critère RGAA manque de détail technique sur l'implémentation, les "techniques suffisantes" des WCAG fournissent des exemples de code concrets et des patterns éprouvés.

  3. Anticipation : les critères WCAG 2.2 — Intégrez dès maintenant les critères de succès WCAG 2.2 qui ne sont pas encore dans le RGAA, notamment sur la taille des cibles et l'authentification accessible.

  4. Test automatisé : couvrir les deux — Les outils d'audit automatisé comme notre scanner testent des règles dérivées des WCAG qui couvrent les critères RGAA correspondants. Un scan identifie les problèmes indépendamment du référentiel.

  5. Veille : suivre les évolutions — Abonnez-vous aux mises à jour de la DINUM (pour le RGAA) et du WAI/W3C (pour les WCAG) pour anticiper les évolutions réglementaires.

Tableau récapitulatif

CaractéristiqueWCAGRGAA
ÉditeurW3C (international)DINUM (France)
Version actuelle2.2 (2023)4.1.2 (2023)
Base techniqueStandard autonomeTransposition des WCAG 2.1 AA
Nombre de critères78 (v2.1) / 87 (v2.2)106
NiveauxA / AA / AAAConformité basée sur AA
TestsTechniques suffisantes (recommandations)Tests unitaires (procédures)
Portée juridiqueAucune directe (standard technique)Décret n° 2019-768 (France)
GlossaireOui (anglais)Oui (français, contextualisé)
ÉchantillonnageNon définiDéfini (pages types)
Taux de conformitéNon définiFormule de calcul officielle

Conclusion

Le RGAA et les WCAG ne sont pas des concurrents mais des compléments. Les WCAG posent les principes et les critères universels d'accessibilité. Le RGAA les traduit en une méthodologie opérationnelle, juridiquement contraignante, adaptée au contexte français.

Pour un professionnel du web en France, la maîtrise des deux référentiels est un atout. Le RGAA pour la conformité légale et la méthode d'audit, les WCAG pour la compréhension des principes fondamentaux et l'accès à un écosystème technique riche. Ensemble, ils forment le socle d'une démarche d'accessibilité solide et pérenne.

Commencez par évaluer votre situation avec notre scanner RGAA gratuit, puis consultez nos outils pour corriger les problèmes identifiés.

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Questions fréquentes

Faut-il choisir entre RGAA et WCAG ?

Non. Le RGAA est basé sur les WCAG 2.1 niveau AA. Se conformer au RGAA revient à respecter les WCAG 2.1 AA, avec en plus une méthodologie de test française et un cadre légal. Les deux sont complémentaires.

Les WCAG 2.2 sont-elles prises en compte par le RGAA ?

Pas encore. Le RGAA 4.1.2 est aligné sur les WCAG 2.1. Une future mise à jour du RGAA intégrera probablement les WCAG 2.2, mais aucune date n'est annoncée.

Mon site est conforme WCAG 2.1 AA, suis-je conforme RGAA ?

En grande partie oui pour les critères techniques. Cependant, le RGAA impose aussi des obligations déclaratives (déclaration d'accessibilité, mention en page d'accueil) que les WCAG ne couvrent pas.

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